Que cherchez-vous?

Une belle rencontre.
De grandes réalisations.

LEEROY est fière de travailler avec le Salon
du livre de Montréal.

Manam

Paru le 1 octobre 2019
Manam
Auteur·rice·s
Format
Papier
Maison d'édition
Prix 22.95$
Français
Léa est insti­tutrice. Tous les mois de sep­tem­bre, elle accueille la ving­taine d’enfants qu’elle accom­pa­g­n­era pour la prochaine année. Chaque fois, elle bran­dit le dic­tio­n­naire devant eux, leur expli­quant que c’est comme un cof­fre au tré­sor de vingt-six let­tres. Elle leur dit qu’ils ont là tout ce qu’il faut pour racon­ter le monde. Même ce qui ne se racon­te pas. Même les secrets qu’ils n’osent dire à per­son­ne. Même le silence. Le secret, le silence, n’est-ce pas juste­ment une grande part de l’héritage que Léa a reçu de sa Téta, sa grand-mère tant aimée, qui vient de mourir à cent sept ans ? Dans la mai­son de Téta, aux allures de quai de gare, le repas com­mençait mais ne finis­sait jamais, la cou­sine débar­quée d’Alep y croi­sait le neveu de New York ou l’amie de Mar­seille, tout ce beau monde s’alignait sur le mobili­er kitsch, fumait le nar­guilé, riait aux éclats, mangeait beau­coup trop, pre­nait des nou­velles des « enfants », ain­si nom­més même à quar­ante ans. Mais il était un sujet dont Téta refu­sait de par­ler. Au début du siè­cle dernier, presque toute la pop­u­la­tion de Man­am, où vivait sa famille, a trou­vé la mort, soit sous les coups de l’armée turque, soit sur la route de l’exil vers la Syrie. Com­ment sa grand-mère et les siens avaient-ils survécu au mas­sacre ? Dès que Léa lui posait la ques­tion, sa Téta, d’ordinaire si vol­u­bile, changeait de sujet : « Le Cana­di­en sera élim­iné en cinq ou en six, à ton avis ? » Rima Elk­ouri emprunte les chemins de la lit­téra­ture afin de démêler les nœuds d’une mémoire famil­iale blessée. « Nos silences sont des tiroirs à dou­ble-fond », écrit-elle. À la manière de la défunte Téta, qui avait tou­jours une fable dans sa manche, elle racon­te, avec générosité et pudeur, la tragédie arméni­enne. Au pas­sage, sans emphase, elle nous donne accès à une cer­taine idée du Québec et de ses immi­grants. Elle le fait avec finesse et humil­ité, à hau­teur de femme, d’homme et d’enfant, met­tant à prof­it son habile tal­ent de por­traitiste pour nous faire décou­vrir des êtres courageux qui ont résol­u­ment choisi le côté de la vie.
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